Histoire du bâtiment

Le bâtiment

Les travaux de construction du bâtiment débutent en 1928, et les bains-douches municipaux ouvrent le 12 juillet 1930. Endommagés par les bombardements de septembre 1944, ils sont remis en état en 1951-1952. Par la suite, ils subissent plusieurs inondations, qui occasionnent de nouvelles réparations.
En octobre 1985, il est procédé à une enquête sur la fréquentation de l’établissement. En effet, la Ville a constaté la vétusté des installations et envisage leur fermeture. Celle-ci ne tarde pas à être actée — effet en début d’année 1986 —, le nombre de bénéficiaires (140 à 200 personnes par semaine) ne justifiant pas le montant des travaux de rénovation nécessaires (800 000 francs), « d’autant que le déficit chronique à la charge de la collectivité […] devenait tout à fait prohibitif. »
Bien que la décision déclenche une pétition des habitants du quartier, les bains-douches ne rouvrent pas : ils sont mis à la disposition du Centre Théâtral du Havre par convention signée en mai 1989, et le nouveau théâtre est inauguré le 16 septembre suivant.

  • Transformation des cabines en salle de spectacle

  • Transformation des cabines en salle de spectacle

  • La verrière en travaux

Les témoignages

Nous avons retrouvé des personnes qui venaient prendre leurs douches ici avant 1989. L’une d’entre elles est même une abonnée ! Nous avons recueilli leurs témoignages et vous invitons à les découvrir pour vous imprégner de l’histoire du lieu.

Témoignage de P.C.
Ho ! que oui le Théâtre des Bains Douches, de 1974 à 1975 j’y allais prendre mes douches avec mon frère, parce que d’une famille nombreuse le cumulus de la maison ne suffisait pas, donc direction les BD, mais a cette époque il y avait pas mal de sans abris et de cloches qui y allaient et moins de gens comme moi. L’intérieur était tout pavé de carrelage blanc, des petites cabines et un type qui surveillait, un petit bureau à l’entrée où l’on te donnait une serviette un gant et un petit savon et shampoing pour 1,5 F ou 2,5 F je ne sais plus, tu avais du temps limité pour prendre la douche, je crois que c’était 15 ou 20 mn après fallait dégager car il n’y avait plus d’eau donc pas trainer avec le shampoing. Enfin ça c’est du passé. Voilà pour mon vécu, dommage que c’est fermé car a notre époque ça resservirait.
Témoignage de M.L. et de ses fères et soeurs
Frère : J’ai le souvenir que je venais avec lui.
M : Ah oui ? Tu venais avec papa ?
Frère : Oui. Alors de mémoire, ils avaient des tickets distribués par la mairie, qui nous autorisait à venir prendre la douche ici. Parce qu’on avait un cabinet de toilette à la maison mais il n’y avait pas de douche.
L : Parce que vous habitiez où ?
M : Au-dessus du cimetière St Marie. Dans un très vieil immeuble, c’était un ancien hôtel, donc c’était des chambres sur les paliers. Et il n’y avait pas de salle de bain, c’était juste des chambres. Il y avait un évier.
L : C’était en quelle année à peu près ?
Sœur : Je suis née en 51…
M : Ils y ont habité en 51, à ta naissance.. ?
Sœur : Oui.
L :Vous aviez quel âge à peu près quand vous êtes allées aux Bains-Douches ?
M : Je devais être petite, je devais peut être avoir 6 ans.
Sœur et Frère : Une dizaine d’années.
Sœur : Peut-être même plus…
M : On a 5 ans de différence, si j’avais 6 ans tu en avais 11.
Frère : A mon avis mon père venait avec moi, c’était pour être sûr de me revoir après. Parce que sinon j’allais voir les copains…
L :Donc ça veut dire qu’il y avait des journées spéciales filles, des journées spéciales garçons ?
M : Moi il me semble que, quand on entrait, à droite c’était pour les femmes et à gauche c’était pour les hommes. Je me souviens de grandes cabines en béton. Et sur la porte on devait crocher nos vêtements et faire attention de ne pas trop éclabousser. Voilà c’était du brut, quoi. Il y avait la pomme de douche au plafond.
Frère : Alors la faïence, celle qu’il y a au sol en arrivant c’est exactement l’image qui me restait. Et puis un ticket qu’on donnait.
L : C’est-à-dire que vous ne régliez pas.
Frère : Voilà, c’était un ticket qui était donné par la mairie.
L : Et vous vous souvenez s’il y avait du monde ou pas ?
Frère : Oh, non… Je pense qu’il y avait quand même… Ca circulait. Bon, je vais avoir 65 ans, à l’époque pratiquement tous les immeubles, les maisons en particulier, il n’y avait pas de douches. Avec le temps on a eu des vieux immeubles à retaper, c’est pareil. Une toilette sur le palier, c’est pas mal déjà. Parfois c’était juste un dans la cour pour tout l’immeuble.
M : Oui, c’est ça. Donc notre père avait fait une installation autour de l’évier de cuisine, mais ce n’était pas une douche. Ça restait l’évier de cuisine, il fallait faire chauffer l’eau à la bouilloire…
L :Et donc vous saviez à quelle fréquence vous veniez ?
M : Je ne me souviens pas du tout…
L :C’était une fois par semaine ?
Frère : Je pense, oui.
M : Ah moi je ne crois pas.
Sœur : Non, je ne crois pas.
Frère : Même pas ?
M : Oh non. Après c’était un problème d’argent aussi. Si la mairie, bon nos parents étaient extrêmement pauvres, mais si la mairie donnait un quota de tickets on venait tant qu’il y avait des tickets après on ne venait plus. On attendait la suite. Les parents ne devaient pas avoir les moyens de nous offrir la douche. Je ne me souviens pas du tout d’y avoir été avec maman.
Frère : Des tickets que pour les enfants… Je suis à peu près certain qu’on avait un bon de la ville. Comme il en existait certains pour avoir des chaussures.
M : Oui, c’est vrai ! Parce qu’à l’époque on allait toujours à la mairie, à l’hôtel de ville, pour les vaccins. Donc j’imagine que pour l’hygiène ils devaient distribuer, effectivement des tickets à ceux qui n’avaient pas de salle de bain.
Frère : Ce n’est pas anecdotique, parce que j’allais chez les copains et c’était le même schéma pour tout le monde, il n’y avait pas de salle de bains. Nous on avait un grand-père plombier, donc on a eu une salle de bains entre guillemets.
M : On a eu de l’eau, oui !
Témoignage de D.H.
DH : Ah oui donc la rue Louis Blanc était une toute petite rue. C’est-à-dire que moi je venais de la place Tourneville, c’est la rue de la Cavée Verte. Donc de là on venait jusqu’ici à pied mais c’était une toute petite rue. En fait la rue de la Cavée Verte était large mais la rue Le Blanc était très étroite, ici (pointant par sa fenêtre) vous avez une ancienne route là qui part là sur la gauche ? Vous voyez la largeur de la rue là ? Et bien c’était ça jusqu’au carrefour en bas du cimetière. C’était très étroit. Bon ça c’était pour l’environnement… Et puis là ça allait directement, le tunnel Jenner là-haut n’existait pas. C’est cette rue là qui existait qui allait au tunnel Jenner. Parce qu’elle est devenue le tunnel Jenner, quand j’étais petit il était encore en construction.
L :Oui il date des années 50, c’est ça ?
DH : Il a été inauguré en 1956 mais creusé pendant un petit peu avant la guerre, il a servi d’abri, hélas et de tombe, à pas mal de havrais qui se sont réfugiés là mais les bombes qui étaient au mois de novembre ont obstrué toute la partie nord et il y a une plaque qui rappelle le… Voilà, donc il n’y a eu qu’un survivant, pour tout dire, qui est un monsieur qui existe toujours d’ailleurs, parce qu’il était petit garçon. Et donc ce coin là c’était un coin tout petit, il n’y avait pas cette grande place Jenner, c’est après que ça c’est agrandi. Donc on venait là parce qu’il faut vous dire que dans le voisinage il n’y avait pas beaucoup de douche ou de bains chez les particuliers. On ne construisait pas des maisons avec automatiquement une salle de bains. Là où j’habitais, et tous mes amis qui était dans le coin… (…) Donc la plupart des maisons qui étaient construites avant la guerre, même bien avant la guerre, n’avaient pas de salle de bains. Donc, que ce soit en ville avec le dispensaire Dolfus qui avait les douches ici, il y avait d’autres douches aussi, ici c’était pour Sanvic. Ça drainait toute la population de Sanvic et depuis, je ne sais pas j’ai jamais fait d’études là-dessus, mais on venait de loin ici tout autour pour venir prendre son bain et sa douche parce que c’était que des douches, et puis c’était très grand avec une partie femme et une partie homme. Alors ici, venez voir… (…) Voilà vous rentrez ici et on attendait sur les bancs.  Il y avait une préposée au milieu qui aussitôt qu’on avait nos tickets (elle donnait le ticket), on attendait là. On était avec nos sacs parce qu’on venait avec le linge de rechange complet : savon, serviette, linge de rechange, c’est pas la peine de prendre de douche si on se changeait pas. Donc tous les gens étaient assis là, je me souviens d’être assis là, puis on entrait dans les douches ici, et puis le bureau était là. Il y avait un monsieur qui était habillé de bleu, la veste et le bleu de travail, et puis avec sa serpillère regardait les douches libres, puis une fois qu’elles étaient libérées il donnait un petit coup de serpillère, la personne avant d’aller aux douches prenait son billet le mettait sur le bureau, il y avait une pointe et la dame fichait le billet dans la pointeuse. Comme ça elle pouvait décompter le soir venu, à la fermeture, combien de personnes étaient venues. Nous, les douches, alors il y avait un truc que je n’aimais pas dans les douches (…) c’est qu’il y avait de part et d’autre des douches pour hommes avec des portes fermées mais au fond il y avait des douches avec un simple rideau. C’est-à-dire que la personne rentrait dans la douche, puis elle avait un simple rideau à tirer. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours eu peur qu’on vienne me voir ! Donc tout au fond il y avait deux ou trois douches, elles étaient utilisées puisqu’il y en a que ça ne gênait pas, mais moi je préférais me doucher à côté. Et puis évidemment c’était haut de plafond et puis il y avait des verrières, on voyait le jour, et puis il y avait quand même des douches très très spacieuses. Là on avait vraiment la place. On avait la petite entrée, la place pour se déshabiller et la douche en elle-même. Et puis c’était pas des poussoirs, c’était des robinets. C’était vraiment tout autre chose quoi.
L : Et vous m’avez dit, il y avait une distribution des cabines femme/homme
DH : Alors ici il y avait un couloir avec deux rangées de douches. Et puis de l’autre côté, on ne pouvait pas accéder à l’autre côté c’était fermé par les douches. Et de l’autre côté c’était la même chose pour les dames. Mais il n’y avait pas le truc qui montait au plafond, c’est-à-dire que le bâtiment en entier était ouvert sur la verrière. Mais entre les hommes et les femmes il y avait tout le mur de douches, il n’y avait pas de passage. Le seul passage pour rentrer dans la douche c’était là pour les hommes, et l’autre côté pour les femmes. On séparait bien les choses.

Suite
DH : Ah oui la haute chaise ! La haute chaise je reconnais plus parce que la dame justement, elle avait sa pointe là, puis elle mettait ses tickets… Ça je me souviens comme si c’était hier. Il y a aussi le fait que plus il y avait de papiers sur la pointe plus il y avait de monde. Quand vous ne voyiez pas la pointe, holàlà ça y est on arrête, parce qu’il y avait plein de gens qui attendaient. On attendait son tour, c’est ça qu’il faut voir aussi.
L : Vous aviez combien de minutes par personne ?
DH : Ah, on n’avait pas de temps ! C’est illimité. C’est ça qui était bien.
L :Mais c’est ce qui créait la file d’attente aussi.
DH : Voilà, oui aussi mais ça durait quoi… Un quart d’heure peut être ? On faisait vite quand même.
L : Et vous veniez tout seul ?
DH : Enfant, je venais avec mon père. Il venait avec moi mais lui il restait en maillot de bain. Et puis après quand j’étais adolescent, ou pré-adolescent, je venais tout seul. A partir de 14/15 ans, là je venais tout seul. Et jusque dans les années 77, 75 disons, je venais ici prendre ma douche.
L : Et ça a commencé quand, milieu des années 60 ?
DH : Oh ! Même dans les années 50 !
L :Vous veniez prendre votre douche une fois par semaine ?
DH : Une fois par semaine. Ce n’était pas bien cher d’ailleurs. Je ne sais plus combien ça pouvait être, mais ça se comptait en centimes de Francs.
L : Et vous avez souvenir que vous étiez nombreux ?
DH : Oh oui. Quand je venais le vendredi, du fait que je travaillais et commençais à 5h du matin alors à 3h de l’après-midi j’arrivais à la maison et c’est là que je prenais mon paquetage. J’arrivais ici et il y avait déjà 5, 6, 7 personnes avant moi. Et puis tout était plein. Mais si vous voulez à l’époque ça faisait parti du quotidien, moi j’y pensais même pas.

Témoignage de H.G.
HG : On rentrait ici. Y’avait deux compartiments. Une allée pour les femmes et une allée pour les hommes. Et on restait le temps que l’on voulait. Je suis venu de 1975 à 1985. J’habitais la Cavée Verte dans les maisons en briques. Comme il n’y avait pas de salle de bains et ben on venait ici. Ah oui, cela a changé ! Y’avait des cabines des deux côtés. Oh ça a changé. Ah oui ça fait drôle.On voyait la lumière du jour par une verrière.
L : Oui, elle a été masquée pour faire le noir complet dans la salle.
HG : Ça fait des années. Plus de 30 ans. Ca fait bizarre. Souvent je passe à côté, mais je ne pensais pas y revenir.
L : Si vous veniez dans les années 80 c’est que vous avez connu la fermeture. Comment cela s’est passé ?
HG : J’ai pas été au courant mais quand ils l’ont fermé, cela a été vite fait. Un jour, comme cela, on nous a dit bon les bains-douches cela va fermer. Et ça été fermé. Et ils avaient mis une affiche. Les bains-douches vont fermer à telle date et c’est définitif. On n’a pas été informé de la pétition, sinon on l’aurait signé. Hé ben ça fait bizarre.